L’humain qui s’organise n’est pas un problème à résoudre

L’humain qui s’organise : au-delà de la formule

Il y a, dans beaucoup d’organisations contemporaines, une idée devenue presque évidente :
si quelque chose ne fonctionne pas, c’est qu’un problème doit être identifié, corrigé, optimisé.

Cette logique paraît rationnelle.
Elle est pourtant profondément réductrice.

Car ce qui se manifeste dans les organisations n’est pas d’abord un problème technique.
C’est l’expression d’un humain qui s’organise, avec ses tensions, ses appartenances, ses contraintes symboliques, ses responsabilités distribuées.


Le réflexe de la résolution

Le management moderne a hérité d’un réflexe puissant :
face à une difficulté, il faut diagnostiquer, intervenir, réparer.

Un conflit devient un dysfonctionnement.
Une résistance devient un obstacle.
Une lenteur devient une inefficacité.

Tout est ramené à ce qui doit être corrigé.

Mais cette logique oublie une chose essentielle :
l’organisation n’est pas un mécanisme défaillant,
c’est un système humain en tension.


Ce que l’on appelle “problème”

Dans bien des cas, ce que l’on nomme “problème” est en réalité :

    • une tension non reconnue,
    • une contradiction structurelle,
    • une décision antérieure dont les effets n’ont pas été assumés,
    • un cadre devenu intenable pour ceux qui y travaillent.

Chercher à résoudre trop vite revient souvent à déplacer la tension,
sans jamais la comprendre.

On réorganise.
On change les procédures.
On remplace les personnes.

Et la situation réapparaît ailleurs, autrement.


L’humain qui s’organise

L’humain n’est jamais seul face à une tâche.
Il agit toujours :

    • dans un collectif,
    • dans une culture,
    • dans un système de règles explicites et implicites,
    • dans un jeu de responsabilités plus ou moins claires.

Dire que l’homme s’organise,
ce n’est pas faire une formule élégante.

C’est reconnaître que toute action humaine est située,
et que toute organisation est le produit de compromis, de tensions et de choix parfois silencieux.


Déplacer le regard

Considérer l’humain qui s’organise comme un problème à résoudre,
c’est se donner l’illusion de la maîtrise.

Le considérer comme une réalité à comprendre,
c’est accepter de renoncer aux réponses immédiates,
et de prendre au sérieux ce qui se joue réellement.

Cela ne rend pas l’action plus simple.
Mais cela la rend plus juste.


Honoré Akpa