Chapitre 3 — Culture et organisation

Si l’individu et le collectif se co-constituent, alors cette dynamique prend nécessairement forme.

Elle ne demeure pas abstraite.
Elle s’inscrit dans des dispositifs, des règles, des positions et des institutions.

C’est ici que la notion de culture doit être précisée.

La culture n’est pas seulement un ensemble de représentations.
Elle organise les rapports entre les individus.

Elle définit :

  • des hiérarchies,
  • des interdits,
  • des obligations,
  • des formes d’échange,
  • des modes de reconnaissance.

Elle rend possible une coordination durable.


Du symbolique au structurant

Dans ses travaux, Maurice Godelier montre que le symbolique ne flotte pas au-dessus du matériel.
Il structure les rapports sociaux et les rend opératoires.

Ce qui est cru, reconnu ou légitimé devient structurant.

Une autorité n’est pas seulement une position formelle.
Elle est une position reconnue.

Une règle n’est pas seulement écrite.
Elle est intégrée.

Ainsi, la culture ne constitue pas un décor des organisations.
Elle en est l’armature invisible.


Organisation : forme stabilisée de la culture

Une organisation peut être comprise comme une culture mise en forme consciente.

Lorsque des rôles sont définis, lorsque des périmètres sont tracés, lorsque des instances d’arbitrage sont instituées, la dynamique Individu–Collectif devient explicite.

L’organisation stabilise la tension.

Elle ne la supprime pas.

Elle lui donne une architecture.


De la relation à l’institution

À mesure qu’une organisation se stabilise, elle tend vers l’institution.

Une institution se caractérise par :

  • la continuité au-delà des personnes,
  • la transmissibilité des règles,
  • la reconnaissance des positions.

L’institution protège la dynamique collective contre l’arbitraire.
Mais elle peut également rigidifier l’initiative.

Là encore, la tension persiste.


Pourquoi cette distinction est décisive

Si la culture structure les relations,
et si l’organisation formalise cette structure,
alors toute difficulté organisationnelle renvoie à une difficulté de structuration culturelle.

Les crises ne sont pas uniquement techniques.
Elles sont structurelles.

C’est vers cette dimension structurante — pouvoir, légitimité, arbitrage — que nous devons maintenant nous tourner.